L’encorbellement est un principe architectural, une technique de maçonnerie qui a traversé les siècles et les civilisations pour permettre des constructions audacieuses. Il désigne toute saillie qui porte à faux au nu d’un mur, supportant des charges en surplomb et offrant des solutions à la fois fonctionnelles et esthétiques. Cet élément, bien que souvent discret, a joué un rôle dans l’évolution de nos bâtiments, des plus anciens aux plus récents.

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En résumé

  • L’encorbellement est une saillie maçonnée qui porte à faux par rapport à un mur, formée par des éléments qui dépassent progressivement l’assise inférieure pour soutenir une charge.
  • Utilisé depuis le Néolithique, ce principe permettait de construire des voûtes et des arcs sans avoir besoin de cintres en bois.
  • Les maisons à encorbellement médiévales offraient un gain d’espace et une protection de façade, mais ont été réglementées en raison des problèmes d’insalubrité et des risques d’incendie.

Qu’est-ce qu’un encorbellement en architecture ?

L’encorbellement en architecture désigne une saillie qui porte à faux au nu d’un mur, constituée de pierres ou d’autres éléments, dont la particularité est de dépasser progressivement l’assise inférieure pour soutenir une charge en surplomb. C’est un principe de maçonnerie qui permet de prolonger une structure au-delà de son support vertical, offrant des possibilités constructives et esthétiques variées. Il est l’expression d’un savoir-faire ancien, permettant de défier la gravité avec des moyens simples.

Quelle est sa définition générale ?

L’encorbellement est une technique de maçonnerie où une ou plusieurs pierres sont posées l’une sur l’autre, de manière à ce que chacune soit plus saillante que celle du dessous. Cette saillie porte à faux par rapport au nu du mur, d’une pile ou d’un contrefort, et son rôle principal est de supporter une charge située en surplomb.

Pour le CNRTL, il s’agit d’une construction formant saillie sur le plan vertical d’un mur et soutenue en porte-à-faux par des corbeaux ou des consoles. C’est une méthode pour créer des extensions ou des appuis.

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D’où provient le terme « encorbellement » ?

Le mot « encorbellement » trouve son origine dans le terme « corbel » ou « corbeau ». Cette image d’oiseau est utilisée pour désigner une pièce de charpente ou de pierre qui fait saillie depuis un mur, précisément pour soutenir un élément supérieur. C’est une métaphore pour décrire ce support, rappelant la manière dont un corbeau s’avance depuis sa branche pour observer l’horizon.

Quelles sont les différentes formes d’encorbellements ?

Par extension, l’encorbellement est synonyme de toute saillie architecturale en porte-à-faux. Cela inclut une large gamme d’éléments qui avancent au-delà du « nu des murs », tels que les corniches, les balcons et les appuis. Dans les constructions à ossature de bois, deux types principaux sont identifiés: l’encorbellement sur sommier (ou faux sommier, à entretoises) et l’encorbellement sur solives. Cette diversité témoigne de l’adaptabilité de cette technique à divers matériaux et styles.

Un tailleur de pierre français analyse un encorbellement sur une bâtisse historique, documentant le savoir-faire ancien.

Quand et comment l’encorbellement a-t-il été utilisé historiquement ?

L’encorbellement est une technique architecturale ancestrale, dont l’usage remonte à des époques très lointaines, bien avant l’avènement des technologies de construction modernes. Il a permis de résoudre des défis structurels complexes et d’enrichir l’esthétique des bâtiments, des fortifications aux habitations. Son principe simple mais efficace en a fait un allié pour les bâtisseurs à travers l’histoire.

L’encorbellement dans l’architecture antique et médiévale

L’utilisation de l’encorbellement est attestée dès le Néolithique, notamment dans l’architecture funéraire sur le site de Barnenez en France, ce qui démontre sa longévité à travers les âges.

Ce principe constructif a été employé dans diverses civilisations et pour des usages variés, comme en témoignent les temples d’Angkor, les abris agricoles en pierre sèche en France, ou encore l’entrée du palais d’Ougarit au IIe millénaire av. J.-C. Les fortifications médiévales en ont également fait grand usage, avec des tourelles (tournelles, guérites ou échauguettes) souvent portées en encorbellement sur un cul-de-lampe ou un contrefort.

Les mâchicoulis du XVe siècle sur la collégiale de Candes-Saint-Martin, en Indre-et-Loire, en sont un exemple, montrant comment l’esthétique et la défense pouvaient s’allier.

Son utilisation pour les voûtes et les structures en pierre sèche

Le principe de l’encorbellement a simplifié la construction des voûtes et des arcs, se révélant plus aisé à mettre en œuvre que l’arc en plein cintre, qui nécessite l’emploi de cintres en bois.

Pour les voûtes en pierre sèche, l’encorbellement est un des deux principes fondamentaux, consistant à disposer les pierres en surplomb par rapport à l’assise inférieure, complété par une inclinaison d’environ 15° vers l’extérieur. L’avantage de ces voûtes encorbellées, comparées aux voûtes clavées, est qu’elles n’exigent pas de cintre et que leur dalle terminale peut être retirée sans que la structure ne s’écroule.

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Les spécificités des maisons à colombages

Les maisons à encorbellement, reconnaissables à leurs étages en saillie, étaient très répandues en Europe médiévale, particulièrement pour les constructions à pans de bois en Alsace-Lorraine. Le développement de ces maisons à ossature de bois à partir du XIVe siècle est lié à une transition des techniques de construction, passant du « bois long » au « bois court ».

Ces avancées architecturales offraient des bénéfices esthétiques, mais surtout un gain d’espace habitable aux étages supérieurs, tout en préservant l’espace au sol des voies urbaines. Dans certains cas, cela permettait même de contourner les taxes foncières, calculées sur la surface au sol de l’emprise du bâtiment. Ces constructions incarnent l’ingéniosité urbaine de l’époque, comme en témoignent de nombreuses façades anciennes.

Rue médiévale française étroite avec maisons à encorbellement, illustrant le gain d'espace et l'esthétique historique.

Quels sont les avantages et inconvénients de l’encorbellement en architecture ?

Comme toute solution architecturale, l’encorbellement présente un ensemble d’avantages pratiques et esthétiques, mais il n’est pas sans inconvénients, surtout dans un contexte urbain dense où ses spécificités peuvent poser des défis. Comprendre ces aspects permet d’apprécier la complexité des choix architecturaux historiques et modernes, et de mesurer l’impact que ces techniques ont eu sur la vie des cités à travers les âges.

Quels bénéfices fonctionnels et esthétiques ?

L’encorbellement a toujours été une solution ingénieuse pour maximiser l’espace. Il permettait d’agrandir la surface habitable des étages supérieurs sans empiéter davantage sur le domaine public au niveau du sol, ce qui était un atout précieux dans les villes médiévales où l’espace était contraint. Au-delà de l’aspect fonctionnel, cette technique offre des avantages esthétiques certains.

Les étages en saillie confèrent un caractère distinctif aux façades et protègent la base des murs du ruissellement de l’eau de pluie, contribuant ainsi à la durabilité des structures. C’est une alliance intelligente entre utilité et beauté, qui a su résister à l’épreuve du temps.

Les défis urbains et les risques associés à cette architecture

Malgré ses attraits, l’encorbellement a créé des problèmes dans les zones urbaines très denses. En avançant les étages, les rues devenaient plus sombres, plus étroites et plus humides. Ces conditions favorisaient l’insalubrité et la propagation rapide des maladies, ce qui était un enjeu majeur pour la santé publique à l’époque médiévale.

De plus, la forte densité de constructions à encorbellements, souvent en bois, augmentait considérablement le risque de propagation des incendies, un danger récurrent et dévastateur pour les villes médiévales. Ces risques ont conduit à repenser l’urbanisme et la sécurité des habitants.

Pourquoi des réglementations ont-elles émergé ?

Face aux inconvénients croissants des encorbellements, notamment les risques d’incendie et l’insalubrité, des réglementations urbanistiques strictes ont été progressivement mises en place. Après un grand incendie à Strasbourg en 1298, qui détruisit une partie de la cathédrale et des centaines d’habitations, la nécessité d’encadrer ces constructions est devenue évidente.

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C’est ainsi que des ordonnances ont été établies pour limiter ou interdire les encorbellements sur rue, comme à Rouen dès 1520, et à Paris par l’ordonnance du 18 août 1667. Ces mesures ont marqué le début de la disparition progressive de cette architecture caractéristique en milieu urbain dense, en faveur d’un urbanisme plus sûr et plus sain.

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif. Pour tout projet de travaux, consultez un professionnel qualifié qui pourra évaluer votre situation spécifique selon les normes en vigueur.

FAQ

C’EST QUOI UNE MAISON À ENCORBELLEMENT ?

Une maison à encorbellement est un type de construction où un ou plusieurs étages supérieurs sont bâtis en saillie, c’est-à-dire qu’ils dépassent de la façade du rez-de-chaussée. Cette technique était particulièrement courante en Europe médiévale, notamment pour les maisons à colombages, et permettait de gagner de l’espace habitable à l’étage sans empiéter sur l’espace public au sol.

Définition | Encorbellement: qu’est-ce que c’est ?

L’encorbellement est une saillie maçonnée ou une avancée architecturale qui porte à faux au nu d’un mur, d’une pile ou d’un contrefort. Il est généralement formé par des pierres ou d’autres éléments posés l’un sur l’autre, chacun dépassant légèrement celui du dessous pour supporter une charge en surplomb. Par extension, le terme peut désigner toute avancée structurelle, comme les balcons ou les corniches.

Comment un encorbellement supporte-t-il une charge ?

Un encorbellement supporte une charge en la répartissant sur les éléments en saillie successifs, qui sont eux-mêmes ancrés dans le mur porteur. La superposition de ces éléments, chacun un peu plus avancé que le précédent, crée un porte-à-faux capable de maintenir le poids du surplomb. C’est une application du principe de l’équilibre des forces, où le poids est transféré progressivement vers le bas et le mur principal.

Quand les encorbellements ont-ils été utilisés pour la première fois ?

L’utilisation de l’encorbellement est très ancienne, attestée dès le Néolithique. Des exemples remarquables se retrouvent dans l’architecture funéraire, comme sur le site de Barnenez en France, prouvant que cette technique était déjà maîtrisée il y a plusieurs milliers d’années pour des constructions complexes et durables.

Pourquoi les encorbellements ont-ils été interdits dans certaines villes ?

Les encorbellements ont été progressivement interdits dans les zones urbaines denses en raison de plusieurs inconvénients majeurs. Ils rendaient les rues étroites, sombres et humides, favorisant l’insalubrité et la propagation des maladies. De plus, les constructions à encorbellements, souvent en bois, augmentaient considérablement le risque de propagation des incendies dans les villes médiévales. Des ordonnances, comme celles de Rouen en 1520 ou de Paris en 1667, ont ainsi réglementé leur usage pour des raisons de sécurité et de salubrité publique.

Comment réaliser un encorbellement en maçonnerie ?

Historiquement, la réalisation d’un encorbellement en maçonnerie repose sur le principe de disposer des pierres ou des briques en surplomb par rapport à l’assise inférieure, avec une légère inclinaison vers l’extérieur dans le cas des voûtes en pierre sèche. Contrairement aux arcs traditionnels nécessitant des cintres, l’encorbellement permet de construire des voûtes de manière plus autonome. La clé réside dans la pose progressive des matériaux, en assurant la stabilité de chaque nouvelle couche pour soutenir la suivante.

Sources

Informations vérifiées à partir des sources suivantes :

  • cnrtl.fr
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